Sophronos

σωφρόνως - Entre autres.

1-10


1 – Quelle admiration pour tous ceux qui ont réussi à mourir ! Un jour prochain, j’y parviendrai également, je n’en doute pas un instant, mais cela ne me donne pourtant pas la réponse : comment peut-on mourir ?

2 – Il fut un temps je ne parlais qu’à ces êtres en détresse pour qui la confession est facile. J’avais le sentiment que les malheureux cachaient en eux une vérité profonde que je ne voulais pas voir en moi. Désormais j’envie l’ignorance de ceux qui gardent le silence.

3 – Toute thérapie est une tentative de vous faire taire. Il n’y a d’humain que dans le hurlement.

4 – On ne devrait pas dire à autrui ce qu’on pense de lui. Quelle vanité de croire que notre parole pourrait se substituer à son histoire !

5 – La vocation d’écouter les malheureux : il est plus facile de supporter le fardeau des autres que le sien.

6 – J’ai toujours aimé les débauchés. La compagnie de ceux qui en ont trop fait est toujours plus agréable que celle de ceux qui n’en ont pas assez fait.

7 – Pourquoi ressentirais-je de la pudeur dans l’expression de mes sentiments ? Dès qu’ils sont dits, ils ne sont déjà plus moi. Toute confession est une libération.

8 – J’admire le courage de celui qui ne s’ennuie jamais. Occupé par mille affaires, il ne voit pas la vie passer. Face à ma fin, je me réfugie dans l’ennui. En allongeant le temps, il augmente la distance qui m’en sépare.

9 – Je vis toute rencontre avec elle comme un naufrage : à quoi puis-je bien me raccrocher une fois son regard croisé ?

10 – Relire des textes que nous avons écrits il y a quelques années. Se rendre compte que nous transpirons de gêne. Regarder ceux que nous écrivons maintenant et savoir qu’ils nous causeront le même effet.